LETTRE N°102 du CEERE Décembre 2016 Centre Européen d’Enseignement et de Recherche en Éthique:Merry Christmas and Happy New!

 

 

 

 

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Lettre Décembre 2016

Newsletter December 2016


Vendredi 2 décembre 2016
Numéro 102

Dans ce numéro

1.  Editorial
Le courage de soigner

And in English

The Courage to Care

2.    Publications récentes

3.    Chemins d’éthique : Nouvelle parution

4.    Groupe européen d’éthique

5.    En ligne – Online

6.    Actualités du mois de novembre 2016

7.    Quoi de nouveau en éthique en France ?

8.    Retenez dès à présent

9. Appel à contributions

10.  L’AAMES

11.  Soutenir l’éthique

12.  Divers

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Merry Christmas and Happy New!

Editorial

Le courage de soigner

Il est peut-être maladroit, au moment où des soignants héroïques tentent de sauver des vies sous les bombardements, à Alep, à Mossoul, d’évoquer le courage de soigner ici, dans notre système de soins bien équipé et si sécurisé. Compétence et compassion, les deux vertus principales attendues des soignants, ont-elles réellement besoin, ici, pour se déployer, de courage, dont on redira après Aristote que c’est la meilleure disposition possible de l’âme quand la peur et le danger menacent ? De quoi les soignants ont-ils peur ? Quels dangers doivent-ils affronter et si possible surmonter ? Quels risques à courir au service d’autrui ? Quelles forces contraires, suscitant anxiété, angoisse, ou effroi, incitent à prendre la fuite ?

Le mot de courage n’est-il pas devenu ambigu, voire suspect ? Le nouveau management public, discours et méthodes de pouvoir (censuré) gouvernance, ne manque pas d’exhorter les soignants des institutions au courage : les managers, eux-mêmes dûment formés au « courage du leadership en temps de crise », s’emploient à susciter le courage des employés, c’est-à-dire leur endurance à la performance malgré des conditions dégradées. Ainsi, il faudrait du courage pour accepter les transformations de l’hôpital en entreprise, pour persévérer à maintenir les valeurs du soin quand les organisations du travail assèchent le terrain même de leur culture, pour ne pas céder au « stress du changement » devenu synonyme de lâcheté, pour rester flexible, créatif, et interchangeable. Le système de santé a besoin de soignants capables d’initiative, performants à plein temps pour repousser toujours plus loin leurs limites, persévérants dans l’adversité qu’opposent les contractions budgétaires, la tarification à l’activité, et demain les coupes annoncées dans la fonction publique.

Dans un texte devenu fameux, Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ?, Kant disait qu’il fallait du courage pour se servir de son propre entendement et sortir de l’état de minorité dans lequel toutes sortes de tuteurs bienveillants nous maintiennent avec d’autant plus de facilité qu’ils peuvent tabler sur la difficulté à quitter seul cet état infantile. Mais aujourd’hui, faire usage de son propre entendement signifie d’avoir intériorisé les règles de la performance, et d’être devenu son propre éducateur, manager, contrôleur, coach. Chacun est ainsi subtilement incité à se comporter comme un athlète courageux, qui s’auto-évalue en permanence, pour gagner en performance sans avoir le sentiment d’obéir servilement à des injonctions folles. Le courage promu par le nouveau management public, en cela écho fidèle du capitalisme financier, est le courage de s’adapter pour agir efficacement dans un monde plus dur, le courage de renoncer au travail bien fait pour conserver son travail, le courage de devenir liquide après la mise à mal des points d’ancrage.

Ne soyons pas dupes des mésusages du terme de courage! Le courage de soigner, c’est de ne pas troquer les biens internes à la pratique soignante, ceux qui ne sont accessibles qu’à ceux qui y sont réellement engagés, pour les biens externes, efficience et rendement. L’infirmière d’aujourd’hui a besoin de courage pour faire vivre ses valeurs professionnelles (être digne de confiance, honnête, consciencieuse, etc.) face aux pressions institutionnelles qui l’en détournent. Le médecin d’aujourd’hui a de plus en plus besoin de courage pour honorer sa promesse (subordonner son action aux intérêts du patient) quand on lui commande implicitement d’y renoncer pour standardiser ses actes, réduire les durées de séjour, et même « informatiser son cœur de métier » afin de « gagner des parts de marché ».

En appeler au courage pour endurer la dégradation organisée du service public, c’est retourner, pervertir le courage dont on aurait besoin pour résister à cette dégradation. Car c’est bien là la source principale du découragement des soignants, dont les fruits amers se nomment maltraitance ou cynisme, opportunisme ou suicide. Aussi, au moment où s’esquissent des programmes électoraux, l’appel est lancé à nos futurs dirigeants : aurez-vous le courage politique de prendre soin des soignants ?

Jean-Christophe Weber, Professeur de médecine interne, Membre du CEERE, Laboratoire Ethique et Pratiques Médicales, IRIST, Université de Strasbourg

And in English

The Courage to Care

At a time when some heroic caregivers are trying to save lives under bomb threats at Aleppo and Mosul, it is perhaps awkward to speak of the courage to give care here, within our healthcare system that is well equipped and secured. Do competence and compassion (the main virtues expected from caregivers) really need courage (the best disposition of the soul when fear and danger threaten, according to Aristotle) in order to flourish here? What are caregivers afraid of? What dangers do they have to confront and if possible surmount? What risks are to be undertaken in the service of the other? What contrary forces elicit anxiety, distress, terror, or incites flight?

Has the word courage not become ambiguous, or even suspicious? New public management; discourses and methods of power (censored) governance never fails to exhort caregivers in institutions to be courageous: the managers themselves, duly trained in “the courage of leadership in times of crisis” are prompt to inspire courage in employees, that is, their endurance to perform despite degraded conditions. In this way, courage would be needed to endure the transformation of the hospital into a business, to persevere in maintaining the values of caregiving when the organization of work exhausts the very soil of its culture, so as not to cave in to the “stress of change” which has become a synonym for cowardice, to remain flexible, creative, and interchangeable. The health care system needs caregivers who are capable of initiatives, always performing  to more and more upgrade their limits, persevering in the adversity brought upon them by budget contractions, performance based funding, and tomorrow,  by cuts announced in the public service. In a text that has become famous, An answer to the question: What is Enlightenment?, Kant said that courage is needed to use ones own understanding and to come out of the stage of immaturity in which all kinds of well-meaning guardians keep us with as much ease as they can emphasize the difficulties of coming out of this infantile stage unaided. Today however, using one’s own understanding means having internalized the rules of performance, to become one’s own trainer, manager, monitor, coach. Everyone is thus subtly incited to behave like a courageous athlete, who self-evaluates, to improve performance without having the impression of slavishly obeying crazy injunctions. The courage promoted by the new public management, which faithfully echoes that of financial capitalism, is the courage to adapt oneself in order to act efficiently in a hard world, the courage to waive a well-done work in order to maintain ones position, the courage to become liquid after crucial anchor points have been destroyed.

Let us not deceive ourselves by the misuses of the term courage! The courage to give care is not to trade off the internal values of care – something only accessible to those who are really committed to it – for external values such as efficiency and productivity. Today’s nurse needs courage to bring to live his/her professional values (being trustworthy, honest, conscious, etc.) in the face of mitigating institutional pressures. Today’s doctor needs more and more courage to honor his/her promise (to subordinate his/her actions to the patient’s interest) when he/she is implicitly required to let go of such considerations in favor of standardizing his/her acts, reducing the average length of stay, and even to “digitalize the heart of his profession” in order to “have a part of the market”.

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