AFEP: FLASH ECO

FLASH ECO
«
Analyse à caractère économique ne constituant pas une prise de position. Liste complète disponible sur
www.
afep.com
»
Statistiques
publiques
et démocratie
: un lien essentiel
Jeudi 24
novembre
201
6
Dans un contexte de montée des défiances
et d’intensification du flux d’informations
, le présent flash
s’interroge
sur
le rôle des statistiques publiques dans le débat démocratique
.
1.
Confiance institutionnelle, défiance opérationnelle
: un constat paradoxal
A l’instar de ses
homologues internationaux, l’Institut National de la Statistique et des Etudes
Economiques (INSEE) français dispose du monopole en matière de production de la statistique publique
.
L’opinion des utilisateurs et, plus largement, du grand public, sur l’institution et les données produites
est donc un enjeu majeur pour la qualité du déb
at économique et social. Dans un
sondage
conduit en
mai 2015
1
,
l’
institut CSA dresse un
constat paradoxal
: si une très nette majorité de répondants disent
avoir une bonne opinion de l’INSEE,
seulement
une minorité a
«
tout à fait
»
ou
«
plutôt confiance
»
dans
les chiffres et les données publiés.
Le premier motif de
défiance
est, de loin, de nature
politique
: ainsi,
52 % des Français qui n’ont pas confiance dans les chiffres et les données publiés sur la situation
économique et sociale de la France citent
pour première raison le fait que «
les hommes politiques leur
font dire ce qu’ils veulent
». Les deux autres principaux motifs sont, d’une part, le
décalage
«
micro
macro
» («
ces chiffres ne correspondent pas à la situation que je vis
») et, d’autre part
, la
difficulté de
compréhension
je ne sais pas à quoi correspondent ces chiffres ni comment ils sont fabriqués
»).
Source
: Afep à partir de CSA pour INSEE.
2.
Indicateur par indicateur
: des opinions variables
Au
delà du sentiment général exprimé ci
dessus, la
confiance
dans les chiffres publiés
varie
sensiblement
selon l’indicateur analysé
.
Deux
catégories
d
e donnée
s semblent se d
essiner
: d’un côté,
les
statistiques
démographiques
; de l’autre,
les
indicateurs socio
économiques
. Dans le premier cas,
la
crédibilité semble
élevé
e
: ainsi, près de 8 Français sur 10 estiment que le
taux de natalité
et les données
du
recensement
de la population reflètent bien la réalité de la situation. En revanche, dans le second
cas, au moins un Français sur deux juge que l’indicateur reflète mal la «
vraie vie
»
: 50 % pour l’évolution
des
prix
, 56 % pour la
dette publique
, 60 % pour le
pouvo
ir d’achat
et 61 % pour le taux de
chômage
.
Pour la
dette et le chômage
, le ratio des jugements les plus négatifs est particulièrement élevé (26 % et
31 %). Tout se passe comme si l’adhésion à un indicateur dépendait de son
degré perçu d’objectivité
, les
d
onnées démographiques apparaissant
,
à cet égard
,
plus fiables
et/
ou directement observables
(naissance
s
, décès)
. En revanche, le jugement négatif sur les indicateurs de pouvoir d’achat et de taux de
chômage est sans doute largement lié à la
difficulté de d
istinguer situations personnelle et collective
.
1
Echantillon national représentatif de 1
004 personnes de 18 ans et plus, méthode des quotas.
71%
43%
7%
55%
22%
2%
Opinion INSEE
Confiance dans les indicateurs
Quelle est votre opinion de l’INSEE?
Avez
vous confiance dans les chiffres et données publiés?
Bonne / Oui
Mauvaise / Non
Ne sais pas
2
Source
: Afep à partir de CSA pour INSEE.
Note de lecture
: pour 18 % des Français, le taux de natalité reflète «
très bien
» ce qui se passe réellement en France.
Les réponses sur la
dette publique
sont
plus surprenantes dans la mesure où il s’agit d’un indicateur
«
macro
» à forte traçabilité (des émissions obligataires régulières et relativement centralisées).
Parmi
les hypothèses explicatives, l’indicateur est peut
être «
victime de son succès
» dans u
n contexte
où la
question de la
dette publique a quitté les cercles spécialisés pour investir le débat public.
Autre
hypothèse, certes plus sophistiquée
: la question de la
dette
«
implicite
» (engagements futurs
hors périmètre de la dette
maastrichtienne
)
qui alimente le sentiment d’une «
ardoise cachée
»
.
3.
Confiance et qualité
: deux enjeux majeurs pour la statistique publique
Les résultats qui précèdent doivent interpeller les spécialistes et les non
spécialistes
: comme l’écrit Jean
Michel Charpin,
ex
DG
de l’INSEE, «
la légitimité de la statistique ne découle pas uniquement de la science
et du pouvoir politique, elle dépend aussi de son acceptation par l’opinion publique, de la confiance que
celle
ci lui accord
e
»
2
.
La
crédibilité
étant, selon ses term
es, «
cumulative et asymétrique
»,
elle doit
se
travaill
er
en continu pour répondre aux besoins des utilisateurs tout en maintenant une grande rigueur
scientifique. On retrouve ici le difficile arbitrage entre
qualité
et
délais
, avec
, au cours des années
r
écentes,
une priorité donnée
au
raccourcissement des
seconds (unification monétaire et
demande
sociale
).
Or,
bien que
la France fa
sse
partie des pays où les révisions sont les plus faibles, celles
ci
existent encore. En ce qui concerne la
confiance
, la réforme de la gouvernance
de 2008 a inscrit dans le
droit
l’indépendance professionnelle
de la statistique publique.
Ceci conforte une pratique existante qui
repose sur un
capital humain
et un
processus de production
dont la qualité est r
econnue à l’é
tranger.
Il
s’agit là d’un point important à l’heure de l’expansion de la normalisation internationale
3
,
indispensable pour réaliser des comparaisons pertinentes
.
S’il semble vain d’espérer la disparition de la
défiance
envers les indicateurs dans un envir
onnement de «
réceptivité
élevée des médias et du milieu
politique vis
à
vis des mouvements d’opinion
»,
un
élargissement du tableau de bord
dans
trois
directions (
«
besoin de décrire la dispersion des performances
et des conditions
»
,
«
approche
multidime
nsionnelle du progrès des sociétés et introduction de la problématique de la soutenabilité
»
)
pourrait
, selon Charpin,
utilement
contribuer
à la crédibilité
d’ensemble
de la statistique publique.
***
33 % de la valeur ajoutée dégagée par les grandes entreprises
; + 172
000 créations d’emploi au
T2 et une
croissance du PIB de
+
0,2
%
: issus des trois derniers flashs, ces chiffres ne sont qu’une illustration
parmi
d’autres
de l’abondance de données dans
le domaine public.
La
montée conjointe de la «
religion du
chiffre
» et du rejet radical des statistiques publiques sont deux dangers
pour la démocratie. Pour les
affronter, les professionnels du chiffre doivent allier pédagogie, indépendance et ouverture
en s’inscrivant
dans la durée
. De leur côté, les utilisateurs
sont
invit
és à faire
davantage
preuve d’esprit critique
à l’heure
de décrypter des représentations synthétiques
sans jamais oublier la célèbre phrase de William Deming,
statisticien nord
améric
ain
: «
Without data, you’re just another person with an opinion
».
2
«
Statistiques
: les voies de la confiance
», J.
M. Charpin, Revue économique, 2010/3.
3
«
L’information statistique en perspective
: six
grands changements
», J.
M. Charpin, Revue d’éco. financière, n° 98
99, 2010.
18%
6%
5%
9%
11%
59%
39%
32%
28%
26%
9%
36%
44%
30%
30%
4%
14%
16%
26%
31%
10%
5%
3%
7%
2%
Natalité
Prix
Pouvoir d’achat
Dette publique
Chômage
Crédibilité de chaque indicateur
Très bien
Plutôt bien
Plutôt mal
Très mal
Ne sais pas
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