Sommaire de Angélique Prégaldien, Faculté de théologie

Mise en pages : Angélique Prégaldien, Faculté de théologie
Éditorial 3
Thierry Masset
Président de la Fondation
Activités de la Fondation
12ème cycle de conférences « Le christianisme est-il misogyne ? » 4
Joseph Famerée,
Professeur à la Faculté de théologie
In memoriam
Mgr Jadot 6
Camille Focant
Professeur à la Faculté de théologie
Vie de la Faculté
Portrait : le Professeur Geert Van Oyen. Interview 7
Didier Luciani,
Professeur à la Faculté de théologie
« Darwinismes et spécificités de l’humain ». Colloque, 28-30 avril 2009 9
Benoît Bourgine,
Professeur à la Faculté de théologie
Décès du Professeur Jean-Marc Éla 9
Maurice Cheza
Professeur émérite de la Faculté de théologie
Prochaines activités 10
Benoît Bourgine,
Professeur à la Faculté de théologie
Publications récentes des professeurs de la Faculté 11
Fondation Sedes Sapientiae
Faculté de théologie
Université catholique de Louvain
Grand Place, 45 à 1348 Louvain-la-Neuve
téléphone : 010 – 47 36 04 téléfax : 010 – 47 87 40
Sommaire
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Éditorial
Ce qu’il peut être convenu d’appeler la gouvernance
de la Fondation Sedes Sapientiae vient de connaître
un changement important. Le Professeur Charles van
Ypersele de Strihou vient en effet de quitter la
présidence de la Fondation, ayant atteint la limite
d’âge qu’il avait lui-même proposée. Le Comité de la
Fondation l’a chaleureusement remercié en rendant
hommage à son action à la tête de la Fondation ainsi
qu’aux impulsions données à celle-ci au cours des
douze années de sa présidence.
Le Professeur van Ypersele de Strihou est un
humaniste. En tant que médecin – sa renommée en
néphrologie est internationale – il est doté à la fois des
dispositions intellectuelles propres aux scientifiques et
de l’ouverture d’esprit qui le rend attentif à toutes les
questions humaines. Si l’on ajoute qu’il est animé
d’une foi très profonde, il est aisé de comprendre
pourquoi le Professeur van Ypersele a marqué les
premières années de la vie de la Fondation en donnant
à cette jeune institution les orientations qui l’ont
amenée à apporter un concours efficace à la Faculté
de théologie.
Que le Professeur van Ypersele de Strihou accepte de
trouver ici aussi, l’expression de la reconnaissance de
la Fondation pour le concours inestimable qu’il lui a
apporté durant sa présidence.
***
La période qui a suivi la seconde guerre mondiale a été
marquée par un développement général plutôt
ordonné malgré la menace constante du monde
communiste avec ses corollaires tels que la course à
l’armement. Pour l’Église Catholique, la période a aussi
été marquée par un formidable souffle de fraîcheur
apporté par le concile Vatican II. Le mouvement a été
confirmé par l’élection d’un pape polonais dont le
rayonnement contribua indéniablement à la chute du
mur de Berlin, événement générateur d’une nouvelle
sérénité en Europe. Cette évolution s’est, par ailleurs,
inscrite dans un contexte caractérisé par un progrès
technique inédit ainsi que par un libéralisme nouveau
mais d’une ampleur telle que, comme Prométhée,
nous en avons perdu la maîtrise. En raison de divers
excès, le monde financier nous a donc entraînés dans
des dérèglements qui s’ajoutent aux inquiétudes que
nous devons avoir pour notre survie en raison de la
dégradation de l’état de notre planète. Bien d’autres
sujets d’inquiétude pourraient encore être évoqués
comme, l’émergence de l’individualisme dans nos
sociétés occidentales.
Et la théologie dans tout cela? Plus que jamais, elle
constitue une démarche moderne. Non pas qu’il faille
en attendre – et encore moins en exiger – des réponses
toutes faites, prêtes à l’emploi, pour chacune des
questions que nous nous posons, si lancinantes soientelles.
Nous attendons de la théologie qu’elle nous aide
à trouver dans les Écritures, ainsi que dans
l’enseignement des Pères de l’Église, les éléments qui
nous permettent de construire progressivement des
réponses aux questions brûlantes auxquelles nous
sommes confrontés.
C’est à cette démarche que la Fondation Sedes
Sapientiae souhaite continuer d’apporter son
concours.
On ne peut s’empêcher de voir un signe de la
Providence en observant que c’est à ce moment précis
que la Fondation voit ses moyens d’action doublés par
le legs consenti par Mgr Jadot auquel il est rendu
hommage dans le présent numéro.
Dans un autre ordre d’idées, le rôle de la femme
constitue depuis longtemps un sujet d’interrogation
dans l’Église catholique. Le dernier cycle de
conférences mis en oeuvre par la Fondation a eu pour
thème : « Le christianisme est-il misogyne ? ». Les trois
conférencières de même que le Professeur Famerée
ont remarquablement traité ce sujet sans toutefois
l’épuiser. La Fondation remercie chaleureusement le
Professeur Famerée qui a pris en charge l’organisation
de ces conférences .
Enfin, la Fondation remercie toutes celles et ceux qui
lui apportent leur soutien, quelle que soit la nature ou
l’ampleur de leur contribution. La Fondation voit dans
chaque don, dans chaque geste de sympathie, dans la
présence aux manifestations qu’elle organise,
l’expression d’un encouragement ainsi que d’une
adhésion à son action.
Thierry Masset
Président
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Activités de la Fondation
Le christianisme est-il misogyne ? Place et rôle de la femme dans les Églises
12e cycle de conférences organisé par la Faculté de théologie et la Fondation Sedes
Sapientiae (février-mars 2009)
Pour la douzième année consécutive, la Fondation Sedes Sapientiae et la Faculté de théologie ont organisé
conjointement une série de quatre conférences à Louvain-la-Neuve et, pour la troisième fois, également à
Bruxelles. Elle était consacrée cette année à la place et au rôle de la femme dans les Églises chrétiennes.
Dans la première conférence, Élisabeth Parmentier (Professeur à la Faculté de théologie protestante de
l’Université de Strasbourg) a posé une question quelque peu provocante : « Les théologies féministes sont-elles
encore un défi pour les Églises ? » La problématique féministe s’est-elle émoussée au point de ne plus interpeller
les Églises, qui l’ont d’ailleurs partiellement intégrée ? Ou bien cette problématique s’est-elle tellement déplacée,
voire radicalisée, qu’elle n’a plus grand-chose à voir avec le christianisme ? Au départ, on peut parler de la
théologie féministe, en ce sens qu’elle s’inscrit dans un projet unifié, né au XIXe siècle, de libération des
aliénations qui pesaient sur les femmes, un projet de réconciliation de l’être humain, homme et femme, avec son
corps. Dans la suite, le mouvement s’est diversifié au point de se complexifier et de s’appauvrir. Si le féminisme a
été soutenu par les Églises aux États-Unis, une partie de ce mouvement deviendra anticléricale, vers 1970, en
Europe occidentale, pour la conquête de droits (contraception, avortement…). D’un point de vue chrétien, la
situation s’est aujourd’hui quelque peu inversée : coupure entre féminisme et Églises aux États-Unis (gender
studies, sciences des religions) ; une certaine synergie en Europe. La conférencière a retenu quatre critères pour
apprécier la théologie féministe : la Bible, Dieu, le Christ, l’Église. La réappropriation intellectuelle de la Bible par
les femmes est fondamentale. Dans une certaine tendance féministe, cependant, c’est l’autorité de la lectrice, à
partir de son contexte, qui donne aux textes bibliques leur autorité, et non plus directement le Christ en tant que
Parole de Dieu. La cohérence de la foi chrétienne est ainsi mise en péril. Que dire alors si d’autres textes sont
retenus au même titre que ceux du canon biblique ? Quant à Dieu lui-même, peut-il être encore appelé Père
uniquement ? Dans les années 1970-1980, on a valorisé un Dieu proche et libérateur des croyants, surtout de
ceux qui souffrent. Au contraire, depuis la fin des années 1980, on en revient au Dieu caché, Tout Autre. À
propos du Christ, l’interrogation est radicale : un sauveur mâle peut-il sauver les femmes ? Finalement, est posée
la question de la spécificité de Jésus-Christ comme seul sauveur dans sa mort et sa résurrection. Pour ce qui est
de l’Église, certaines féministes ont décidé de composer une Ecclesia de femmes avec une liturgie de femmes. Les
théologiennes féministes ayant pris distance par rapport aux différends entre confessions chrétiennes, et même
par rapport à la vie ecclésiale, va-t-on vers une scission entre croyantes vivant en Église et les autres ? Au total,
c’est l’unité du mouvement féministe, la sororité entre les femmes, qui est en jeu. La position acquise par le
féminisme à l’université l’éloigne du terrain.
Marie-Élisabeth Henneau (Chargée de cours à l’Université de Liège) a décrit, en historienne, « les
bouleversements contemporains des rapports hommes-femmes » à travers le long chemin, inachevé d’ailleurs,
des femmes vers la pleine égalité sociale et juridique avec les hommes, en Belgique plus particulièrement. Et de
rappeler les efforts des pionnières « féministes ». Isabelle Gatti de Gammont publie, en 1862, Le droit de la
femme. Isabelle Van Diest n’est pas admise à la Faculté de médecine de Louvain en 1873 ; elle se formera à
Berne. Les premières diplômées vont se battre pour les ouvrières, victimes de la nouvelle situation industrielle des
années 1860-1870. C’est en 1880 que les femmes auront la possibilité d’accéder à l’université en Belgique, mais
en 1920 seulement à Louvain. De 1888 à 1890, Marie Poplin, docteur en droit de l’ULB, tente en vain d’entrer au
barreau. En 1892 est créée la Ligue belge pour le droit des femmes notamment en vue d’obtenir l’égalité des
époux et la participation des femmes à l’administration publique. La Grande Guerre marque une rupture
favorable à l’émancipation féminine. Les femmes pourront, en 1920, voter aux élections communales et, en
1922, accéder au métier d’avocates. Il faudra cependant attendre 1948 pour qu’elles obtiennent le droit de vote
aux élections parlementaires. Le deuxième féminisme dénoncera les stéréotypes identifiant la femme
exclusivement à l’épouse et à la mère. Il conduira soit à vouloir supprimer les différences sexuelles, soit au
contraire à les valoriser. Les gender studies (« études de genre »), plus récentes, combinant les sciences
médicales, la sociologie et la psychologie, montrent que le genre de la femme ne se comprend qu’en relation à
l’homme selon des constructions sociales. Dans certains cas extrêmes, la tendance est de dissocier le genre,
construit socialement, et le sexe biologique. Le Saint-Siège, analyse l’historienne, développe une critique
infondée et mal informée, voire une véritable allergie vis-à-vis du gender et du féminisme, lesquels conduiraient
à la déstabilisation complète de la société.
L’exposé d’Anne-Marie Reijnen (Professeur à la Faculté de théologie protestante de Bruxelles), consacré au
passage « de la différence sexuelle au genre et aux vocations », était structuré selon les trois grandes questions
philosophiques de Kant. Tout d’abord, que puis-je savoir, en l’occurrence sur la dualité sexuelle ? Quelle est la
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pertinence de cette structuration binaire de l’humanité ? En persan, par exemple, le masculin et le féminin
n’existent pas comme tels ; la dualité porte plutôt sur le proche et le lointain. Par ailleurs, l’homme et la femme
ne sont pas déterminés par la reproduction durant toute leur vie. La tradition chrétienne, il faut le reconnaître, a
baptisé certaines évidences de la philosophie païenne sur l’infériorité du sexe féminin. L’étude des genres,
précisément, critique la réduction biologique de la femme, identifiée à la condition sexuée, alors que l’homme
est identifié à la condition humaine universelle. Ensuite, que dois-je faire ? La théologie féministe est une
théologie de la libération née en Église et pour l’Église, cherchant à faire advenir une autre image de Dieu, du
Christ… Quand Dieu est utilisé par les hommes au détriment des femmes, ce Dieu-là doit être interrogé. Une des
tâches des chrétien(ne)s, aujourd’hui, est d’élaborer une généalogie des femmes (nos mères, nos grandsmères…)
et de se remémorer la manière dont le christianisme concret a été responsable d’actes et de paroles
sexistes. S’il a renforcé le patriarcalisme et la misogynie, le christianisme a été aussi à l’origine d’émancipations
remarquables de la femme par rapport à son image biologique (par la virginité consacrée, entre autres). Enfin,
que m’est-il permis d’espérer ? Même si le christianisme historique s’est rendu complice du sexisme, le Corps du
Christ (l’Église) a vocation à ne pas être sexiste. À cette fin, commençons par écouter et lire les femmes. S’il est
sans prix pour sa portée symbolique, le débat sur l’accès des femmes aux ministères ordonnés ne peut
cependant, estime la théologienne protestante, être de l’ordre de la revendication syndicale. Par ailleurs, ce
débat est marginal, indique-t-elle aussi, par rapport aux besoins vitaux des femmes (manque d’eau,
alphabétisation…). Plus fondamentalement encore, être chrétien(ne), c’est avoir une destinée, un être-à-venir,
une vocation, que je puis lire dans ma « con-science » (« savoir avec Dieu » selon K. Barth) : Dieu n’a pas le même
regard sur deux berceaux…
La quatrième conférence a été donnée par Joseph Famerée (Professeur à la Faculté de théologie de l’UCL),
qui a exploré les corrélations étroites entre « anthropologies traditionnelles et statut ecclésial de la femme » dans
l’enseignement actuel de l’Église catholique. Il a commencé par analyser la vision de l’être humain, et
spécialement de la femme, chez Augustin d’Hippone (354-430) et Thomas d’Aquin (1225-1274), vision
déterminante pour l’histoire de la pensée occidentale pendant de nombreux siècles. Selon Augustin, la femme
est subordonnée à l’homme dans l’ordre de la création : Ève est créée pour aider Adam à procréer ; elle lui
devient cependant équivalente dans l’ordre du salut et de la résurrection. En attendant la totale réalisation de
celui-ci, la femme reste subordonnée à l’homme dans l’existence temporelle, dans le mariage notamment et
l’oeuvre de génération contaminée par la concupiscence. Ce n’est que par la continence sexuelle, c’est-à-dire la
virginité et partiellement le veuvage, que la femme, dans le temps présent, peut dépasser sa fonction auxiliaire
de procréatrice et la domination de l’homme, suite du péché. En dépit de certaines divergences
anthropologiques, liées à son aristotélisme, Thomas d’Aquin partage foncièrement la vision androcentrique de
l’évêque d’Hippone : la nature et le rôle de la femme, dans sa féminité même, sont pensés d’un point de vue
exclusivement masculin, le vir étant l’être humain exemplaire et de référence. Un certain androcentrisme, plus
nuancé et subtil certes, reste vivace au sein de l’Église catholique, dans certains de ses discours officiels
notamment comme la Lettre apostolique Mulieris dignitatem de Jean-Paul II (1988) et la Lettre de la
Congrégation pour la doctrine de la foi sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le
monde (2004), ne serait-ce, dans le premier cas, qu’en consacrant un document à la dignité de la femme
exclusivement (à quand un document sur la dignité de l’homme masculin ?). En dépit d’un engagement ô
combien fécond et irremplaçable au service de l’Évangile, les femmes sont maintenues dans un statut mineur, à
l’écart des postes de pouvoir au sein de l’Église catholique (comme d’ailleurs la plupart des laïcs masculins). Aussi
faut-il commencer par libérer la vie et l’enseignement de l’Église catholique de tout androcentrisme en instaurant
un véritable partenariat hommes-femmes. Il faut également faire en sorte que les fidèles des deux sexes soient
associés à l’élaboration des décisions ecclésiales importantes et que les femmes (laïques, religieuses) notamment
accèdent à des postes de responsabilité et de direction, de la paroisse à la Curie romaine. Cela implique un plus
grand « découplage » du pouvoir de décision et du ministère ordonné (presbytéral, épiscopal). Enfin, un
processus graduel (accès des femmes aux ministères institués du lectorat et de l’acolytat, au ministère ordonné
du diaconat ; ordination presbytérale d’hommes mariés) devrait permettre de discerner plus sereinement la
question controversée de l’ordination presbytérale de femmes et d’éviter ainsi un schisme au sein de l’Église
catholique, de même que l’aggravation de la séparation avec l’ensemble des Églises orthodoxes. Mais entretemps,
il faut faire tout ce qui est déjà possible (et c’est beaucoup) pour promouvoir la reconnaissance mutuelle
entre hommes et femmes en Église.
Joseph FAMERÉE
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Publication des conférences précédentes
Dans la collection Trajectoires des éditions Lumen Vitae, rue Washington 184 à 1050 Bruxelles
Tél. 02/349 03 99 :
Foi chrétienne. Quelle transmission? Perspective historique, enjeux actuels, n° 19 (112 p., 16 € ; ISBN 978-2-87324-354-8)
Jésus, Portraits évangéliques, n° 18 (148 p., 17 € ; ISBN 2-87324-337-1)
Pèlerinage et espaces religieux, n° 17 (175 p., 18 €, ISBN 2-87324-296-1)
Le mal, qu’en faire ?, n° 16 (134 p., 16 €, ISBN 2-87324-266-3)
Mystiques et Politiques, n° 15 (132 p., 16 €, ISBN 2-87324-249-3)
Des rites et des hommes. Regards d’anthropologie et de théologie, n° 14 (148 p., 16 €, ISBN 2-87324-199-3)
Habiter et vivre son corps, n° 13 (128 p., 16,40 €, ISBN 2-87324-172-1)
Quand le salut se raconte, n° 11 (128 p. 12,27 €, ISBN 2-87324-145-4)
Démocratie dans les Églises. Anglicanisme–Catholicisme–Orthodoxie–Protestantisme, n° 10 (104 p., 11,15 €, ISBN 2-87324-121-7)
L’être humain au regard des religions. Hindouisme et Bouddhisme–Judaïsme-Christianisme–Islam, n° 9 (128 p., 11,89 €, ISBN 2-
87324-119-5)
Le Jésus de l’histoire est disponible aux mêmes éditions dans la coll. Horizons de la foi (109 p., 9,41 €, ISBN 2-87324-095-4)
In memoriam – Mgr Jean Jadot
Le 21 janvier 2009 s’est éteint Mgr Jean Jadot. C’était un grand
ami de la Fondation. Il lui a apporté son soutien dès ses débuts en
1996. Suite à un premier don, je l’avais rencontré longuement chez
lui à Bruxelles, et il s’était montré très intéressé par les activités de
recherche et de formation de la Faculté de théologie. Il lui paraissait
particulièrement important d’investir dans une réflexion
fondamentale en ces temps de mutation et de relative
désorientation. Lorsque la Fondation lança le projet de création d’une
chaire en droit des religions, il en fut, avec l’abbaye Notre-Dame de
Scourmont (Chimay), le principal donateur. Enfin, il a pensé à la
Fondation dans son testament, en assurant largement le doublement
de son patrimoine.
Né à Bruxelles en 1909, il y fit ses études secondaires à l’Institut
Saint-Louis. À l’âge de 21 ans, il obtint le titre de docteur en
philosophie thomiste à l’Université catholique de Louvain, avant
d’entrer au séminaire de Malines et d’être ordonné en 1934. Son
ministère pastoral débuta par cinq années de vicariat à Etterbeek.
Parallèlement, il participa au Comité de rédaction de La Cité
chrétienne, une revue fondée par Jacques Leclercq, et y fut
responsable de la rubrique « L’Église dans le monde ». Il y signait ses articles d’un nom d’emprunt : Augustin
Drufosse. À la demande de Pierre Harmel et de Jean Vieujean, il devint aumônier de la JIC en 1939 et ensuite de
la JEC. Après la guerre, il fit partie des fondateurs de La Revue Nouvelle. À la même époque, l’aumônerie lui fut
confiée brièvement de l’École des sous-lieutenants d’infanterie à Tervuren, avant qu’il ne devienne aumônier de
l’École royale militaire, puis, en 1952, aumônier général de la Force publique au Congo, fonction qu’il exerça
jusqu’à l’indépendance de ce pays en 1960. C’est dans ce cadre qu’il prêcha notamment une récollection à un
jeune sous-officier du nom de… Joseph Mobutu. De retour en Belgique, il reçut la charge d’y diriger les OEuvres
pontificales missionnaires.
Sa vie connut un nouveau tournant en 1968, lorsqu’il accepta de devenir délégué apostolique à Bangkok. Le
1er mai, il fut ordonné archevêque titulaire de Zuri par le cardinal Suenens en l’église du Chant d’Oiseau à
Bruxelles. Sa première mission au service de la diplomatie vaticane, il la vécut en Asie, où il fut délégué
apostolique pour la Thaïlande, le Laos, la Malaisie, Singapour et Brunei. La deuxième le vit retourner en Afrique,
à Yaoundé, pour le Cameroun et le Gabon (1971-1973).
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C’est à la surprise de la Curie romaine que le pape Paul VI le nomma ensuite délégué apostolique à
Washington, l’un des postes diplomatiques les plus importants. Il avait reçu de Paul VI le mandat d’être aux États-
Unis « le coeur de l’évêque de Rome, non pas ses oreilles, ni ses yeux » et de reconstruire les ponts entre l’Église
américaine et le Saint-Siège après le traumatisme provoqué par l’encyclique Humanae vitae. Son influence de
1973 à 1980 y fut grande. Accueilli avec précaution, il devint bientôt, aux yeux de nombreux catholiques
américains, « the beloved archbishop ». L’élément le plus important fut évidemment ses recommandations pour
la nomination d’une centaine d’évêques américains. Il prônait particulièrement des personnalités attentives aux
fidèles, ouvertes à la formation des laïcs – un point qui le mobilisa toute sa vie. Il fit ainsi nommer des évêques
plus centrés sur une pastorale créative que sur une gestion institutionnelle rigide et identitaire. Un autre élément
caractéristique fut son ouverture constante à une recherche théologique rigoureuse, en particulier la théologie
universitaire. Sans affectation, ni publicité, il n’hésitait pas à rencontrer des personnalités controversées ou
suspectées, tels l’historien de l’Église John Tracy Ellis ou encore le moraliste Charles Curran, pour entrer en
discussion, en échange avec eux. Ce représentant du Vatican donnait l’image d’une Église proche des perceptions
sociales et culturelles de son temps. Trop peut-être au goût des nouvelles autorités romaines, car ceux qui lui ont
succédé après son rappel à Rome en 1980 n’ont pas vraiment travaillé dans la même direction.
Le pape Jean-Paul II lui confia alors la charge de pro-président du Secrétariat pour les religions nonchrétiennes,
un département assez peu considéré par une partie de la curie à l’époque. Après avoir multiplié les
contacts à travers le monde pour rendre plus vivant le dialogue avec les non-chrétiens, Mgr Jadot démissionna
de cette charge en 1984 et revint passer les vingt-cinq dernières années de sa vie dans sa ville natale de Bruxelles.
Discret, il n’en resta pas moins actif comme aumônier du monastère de Berlaymont ou encore dans la
préparation de jeunes adultes au sacrement de confirmation.
La Fondation Sedes Sapientiae tient à exprimer sa profonde gratitude envers ce grand homme d’Église1 dont
la générosité à son égard ne s’est jamais démentie. De son vivant et en nous quittant pour d’autres rives, il n’a
cessé de manifester son soutien et sa confiance à la Faculté de théologie, à ses enseignants et à ses étudiants.
Qu’il en soit remercié.
Camille FOCANT
.
Vie de la Faculté de théologie
Portrait : Le Professeur Geert Van Oyen – Interview
Quelles ont été, dans les grandes lignes, votre parcours professionnel avant
votre nomination à la Faculté de théologie ?
Après ma thèse en Nouveau Testament à la KULeuven (1993) j’ai continué de travailler
dans cette université comme chercheur postdoctoral jusqu’en 1998. Ensuite, j’ai encore
pu être employé pendant deux années dans ses services administratifs. J’ai apprécié cette
possibilité de découvrir et de servir la communauté universitaire à partir d’une autre
perspective. De janvier 2000 à août 2008, j’ai enseigné et mené des recherches à Utrecht,
aux Pays-Bas. Cette période chez nos voisins du Nord m’a ouvert davantage les yeux. Je
travaillais alors dans une Faculté de théologie non-confessionnelle au sein d’une
université d’État au douzième étage d’un bâtiment immense. Au 10e étage de ce même
bâtiment se trouvait la Faculté de théologie catholique et au 13e, la Faculté de théologie protestante. Vous
pouvez facilement imaginer que le débat théologique y était, plus qu’ailleurs, mêlé à d’autres questions, par
exemple, celle de l’identité d’une faculté « neutre » au milieu de facultés confessionnelles, la question de la
relation entre théologie et sciences des religions, le problème du recrutement des étudiants, celui du
financement de l’enseignement théologique (il y a plus de dix facultés de théologie en Hollande !), etc. Après
avoir été secrétaire académique pendant quatre ans, j’ai été, de 2007 à 2008, responsable de la Faculté de
théologie, laquelle avait été entre-temps incorporée dans la Faculté de lettres.
1 Le lecteur intéressé trouvera davantage d’informations biographiques dans un livre publié sous forme d’interview : Jean JADOT, Un prêtre
diplomate. Cinquante ans au service de l’Église. Entretiens avec Michel Dellicour, Paris – Louvain-la-Neuve, Duculot, 1992, 184 p. La partie la
plus importante des archives de Mgr Jadot a été confiée au Centre Lumen Gentium de la Faculté de théologie de l’UCL.
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Mais vous semblez parler avec beaucoup de sympathie de votre travail à Utrecht. Pourquoi alors le pas
vers Louvain-la-Neuve ?
Ah, il n’y a pas que le contexte académique qui joue un rôle dans la vie. Pendant tout ce temps j’ai vécu à
Leuven avec mon épouse et, à partir de 2001 et 2003, aussi avec nos deux enfants. Utrecht, où j’avais un pied-àterre,
se situe à 187 kilomètres de chez nous. Je faisais deux ou trois fois par semaine la navette entre la maison
et l’université. Ma Skoda Octavia est le témoin silencieux du nombre de kilomètres que je parcourais chaque
année ! De toute manière, le temps pour un nouveau changement du lieu de travail s’annonçait. Et comme ma
« préhistoire » professionnelle à Leuven m’avait déjà rendu proche de l’UCL, j’ai été content de pouvoir y trouver
un poste à partir de septembre 2009. J’espère – je suis sûr – que je passerai un temps aussi agréable et fructueux
que dans mes postes précédents.
Et quel est votre cheminement dans vos recherches ?
Quand j’écrivais ma thèse sur le doublet du récit de la multiplication des pains chez Marc, l’exégèse à Leuven
était dominée par la méthode rédactionnelle. Je suis toujours resté fidèle à mon premier sujet de recherche
(Marc), mais du point de vue méthodologique, l’approche narrative est devenue ma première clé de lecture. Et
justement, l’unité d’exégèse à LLN joue un rôle substantiel dans la diffusion de cette méthode. En cours de route,
je me suis aussi intéressé à la quête du Jésus historique, au livre de l’Apocalypse et à quelques textes apocryphes.
Quel pourrait être votre rôle dans la Faculté ?
Il faut toujours une période d’adaptation, c’est-à-dire un temps pour découvrir les chances et les défis. Je dois
améliorer ma pratique du français, apprendre à connaître les méthodes d’enseignement et m’intégrer dans des
réseaux scientifiques tels que le RRENAB. Et les tâches primordiales, tel que l’enseignement, doivent être faites
avec grand soin. Mais d’autre part, comme j’ai surtout travaillé dans un milieu orienté vers l’exégèse anglosaxone,
je pense que cela pourra être un enrichissement pour la Faculté. Depuis neuf ans, par exemple, je
participe au plus grand congrès annuel et international sur la Bible aux États-Unis, organisé par la Society of
Biblical Literature. Je pourrais ainsi construire des ponts entre le monde francophone et anglo-saxon. Cela se
concrétisera déjà lors d’un colloque bilingue sur la résurrection que j’organise au sein de la Faculté pour avril
2010. Si cela entre dans les projets de la Faculté, je pourrai aussi jouer ce même rôle d’intermédiaire pour une
collaboration encore plus intense entre la Faculté de théologie de la KULeuven et la nôtre. Et puis je partage
aussi le souci de beaucoup de mes collègues : comment attirer des étudiants à la Faculté, surtout au niveau du
baccalauréat ?
Concernant l’enseignement, quels cours allez-vous donner ? Et pour la recherche, quel est votre projet
dans le proche avenir ?
Pendant cette première année, j’ai déjà donné deux cours en master (« Le milieu néotestamentaire » et un
Séminaire de recherche) et deux cours en bac (Les évangiles synoptiques et L’évangile de Jean). Pour l’an
prochain, il y a pour l’instant les cours de grec, d’exégèse et d’introduction au Nouveau Testament. Je suis
content de donner cours dans les différents cycles.
En ce qui concerne la recherche je voudrais continuer l’étude narratologique de Marc en comparant celui-ci à
l’évangile de Jean. C’est un genre d’étude comparative qui n’a pas encore été menée au niveau de l’analyse
narrative et qui se distancie de la comparaison rédactionnelle. J’aime bien l’image de William Wrede (qui date
déjà de 1901), qui dit que Jean écrit sur les mêmes thèmes que Marc, mais qu’il les aborde comme s’il regardait
à travers une loupe. Il pourrait avoir raison. Dans un certain sens, Marc est plus proche de Jean que des autres
Synoptiques. Tous deux focalisent surtout sur l’identité de Jésus. Et n’est-ce pas un thème qui mérite d’être au
centre de l’exégèse du Nouveau Testament ?
(Propos recueillis par Didier LUCIANI)
– 9 –
« Darwinismes et spécificité de l’humain »,
Compte rendu du colloque international, Louvain-la-Neuve, 28-30 avril 2009
Deux siècles après la naissance de Darwin, un siècle et demi après la publication de son
ouvrage L’origine des espèces, où en est-on avec la théorie de l’évolution ? La question est au
coeur des préoccupations si l’on en juge à l’audience du large public venu pour participer aux deux
journées d’exposés et de débats. La théorie de l’évolution conduit à une interrogation sur le sens.
Elle pose à nouveaux frais la question de l’identité de l’humain.
Le colloque voulu et préparé par sept facultés de l’Université catholique de Louvain fut avant
tout consacré à faire le point sur ce formidable champ de recherche. Mais la biologie évolutive ne
relève pas que de la science. Elle est aussi un formidable champ de bataille où s’affrontent
idéologues et politiques, athées et religieux. C’est pourquoi il ne fut pas seulement question de
Darwin et du destin de sa théorie dans les neurosciences, mais aussi des darwinismes, c’est-à-dire
des usages et des abus de sa théorie à des fins théoriques, mais aussi politiques, sociales ou religieuses. À côté
du « darwinisme neuronal », celui-là éminemment scientifique, il suffit d’évoquer le darwinisme social,
l’eugénisme, le créationnisme ou l’intelligent design pour prendre conscience qu’avec les darwinismes, on a
affaire à l’un des points de friction les plus sérieux entre la science et la société.
Voilà pourquoi le comité organisateur de ce colloque a pris l’option de croiser les savoirs et de convoquer, à
côté du biologiste, le médecin, le psychologue, l’historien, le sociologue, le philosophe et le théologien. Signe de
cette interdisciplinarité, quatre scientifiques d’exception ont été distingués par des doctorats honoris causa :
Gerald Edelman, prix Nobel de médecine 1972, conjointement par la Faculté de médecine et par la Faculté de
philosophie, John Haught par la Faculté de théologie, Marc Jeannerod par la Faculté de psychologie et des
sciences de l’éducation, Stuart Kauffman conjointement par la Faculté des sciences et la Faculté d’ingénierie
biologique, agronomique et environnementale.
L’un des enjeux relevé par ce colloque fut précisément d’établir une conversation entre sciences naturelles et
sciences humaines. Seul un tel dialogue peut permettre de répondre à l’exigence exprimée par le philosophe
louvaniste, Jean Ladrière : il n’est pas possible de dissocier l’exercice de la science d’une réflexion sur sa
signification. Les universités catholiques ne sont pas les seules à porter cette exigence, mais elles ne sont pas non
plus les dernières. Il y a, pour Ladrière, deux types d’université, « des universités où l’on se contente de pratiquer
loyalement la méthode scientifique, en mettant entre parenthèses toutes les questions de sens, et des universités
où, au contraire, on décide de façon réfléchie et résolue de ne pas séparer la pratique de la science d’une
interrogation permanente, collective et institutionnalisée sur sa signification »2.
Pour aller plus loin, il sera possible d’ici quelque temps de visionner les conférences depuis le site du colloque,
où on peut aussi consulter le programme complet des exposés : http://www.uclouvain.be/darwin.html
Voici deux ouvrages utiles pour prolonger la réflexion :
Gerald EDELMAN, La biologie de la conscience, Paris, Odile Jacob, 2008.
François EUVÉ, Darwin et le christianisme. Vrais et faux débats, Paris, Buchet & Chastel, 2009.
Benoît BOURGINE
Décès du Professeur Jean-Marc Éla
Le Professeur camerounais Jean-Marc Éla est décédé à Vancouver le 26 décembre 2008 au terme d’un exil de
treize ans au Canada. Il était né le 27 septembre 1936 à Ebolowa au sud du Cameroun3. Prêtre diocésain, il a
obtenu à Strasbourg, en 1969, un doctorat d’État en théologie avec une thèse intitulée Transcendance de Dieu
et existence humaine selon Luther. Essai d’introduction à la logique d’une théologie. Il est ensuite rentré au
Cameroun. De 1970 à 1984, il a vécu et travaillé avec les communautés paysannes à Tokombéré dans les
montagnes du Nord-Cameroun, au milieu de la population des Kirdi. Là il s’est fait le disciple de l’abbé Simon
Mpeke appelé Baba Simon, un des tout premiers prêtres du Cameroun, ordonné en 1935, qui était devenu
2 Jean LADRIÈRE, « Pour une conception organique de l’Université catholique » dans Id., La science, le monde et la foi, Paris, Casterman,
1972, p. 65
3 Voir Yao ASSOGBA, Jean-Marc Ela. Le sociologue et théologien africain en boubou. Entretiens, Paris, L’Harmattan, 1999.
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« missionnaire africain aux pieds nus »4. À partir de cette expérience d’immersion, il a présenté à la Sorbonne en
1978, pour un doctorat de troisième cycle en anthropologie sociale et culturelle, une thèse intitulée Structures
sociales traditionnelles et changements économiques chez les Montagnards du Nord-Cameroun : l’exemple de
Tokombéré. Il a ensuite été nommé Professeur à l’Université nationale de Yaoundé. En 1990, il présenta son
doctorat d’État en sociologie à l’Université de Strasbourg avec une thèse consacrée à la résistance du peuple face
aux institutions délabrées de l’État et face à l’exploitation agro-alimentaire dans le nord de son pays. Inséré dans
un quartier populaire de Yaoundé, il animait divers groupes et avait son franc-parler pour dénoncer les dérives
du pouvoir. Après l’assassinat, le 24 avril 1995, du jésuite Engelbert Mveng théologien et artiste avec lequel il
collaborait, sa prédication se fit encore plus incisive. Il relut les événements à partir de certains textes bibliques.
Pour lui, à l’exemple du meurtre d’Abel par Caïn, le sang des victimes des assassinats qui se commettaient au
Cameroun depuis plusieurs années criait faute de justice. Il insista aussi sur la signification actuelle du Dieu « qui
renverse les puissants de leur trône ». Ce genre de prédication inquiéta le pouvoir en place et, devant les
menaces de mort qui se précisaient, il se réfugia au Canada. Il y assuma diverses charges d’enseignement,
continua à écrire et répondit à plusieurs sollicitations venant d’Europe. C’est ainsi que ses contacts avec la
Belgique furent nombreux : docteur honoris causa de la KULeuven ; enseignements à Louvain-la-Neuve en
théologie, en sociologie, dans un cours métis et dans des rencontres d’étudiants ; conférence à la Faculté de
théologie protestante de Bruxelles ; collaboration avec Entraide et Fraternité et Broederlijk Delen. On se souvient
aussi de sa communication lors de la journée d’étude pour l’éméritat à l’UCL des Professeurs Claude Soetens et
Maurice Cheza. Elle était intitulée « Mémoire d’insoumission et résistances à l’évangélisation : un défi à la
théologie africaine ? »5
Jean-Marc Éla a toujours eu la plume facile, voire prolifique. Dès le séminaire, il écrivait dans la revue interne
Lumina ; plus tard, en France, dans Tam-Tam, la revue des étudiants catholiques africains. En 1963, il s’était fait
connaître d’un public plus large par un article intitulé L’Église, le monde noir et le Concile6. De Vatican II, il
attendait « un esprit d’ouverture et d’accueil aux valeurs de civilisation du Monde noir ». Outre des articles dans
diverses publications parmi lesquelles L’Effort camerounais et Le Monde diplomatique, il a écrit une quinzaine
d’ouvrages dont Le cri de l’homme africain, Paris, L’Harmattan, 1980 ; Ma foi d’Africain, Paris, Karthala, 1985 et
en dernier lieu Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2003, dans lequel il reprend les
principaux thèmes qu’il a étudiés toute sa vie.
De par sa formation en sciences sociales, il base toujours sa réflexion sur une observation et une analyse des
réalités concrètes collectives que vivent ses contemporains. Il constate leurs souffrances, engendrées par des
systèmes d’exploitation coloniaux et post-coloniaux et il fait appel aux ressources communautaires des entités
locales. Les pauvres sont les privilégiés de Dieu. Celui-ci soutient leur libération. Pour lui, « redécouvrir ce Dieu
des pauvres et des opprimés est le défi de toute théologie chrétienne ». Par rapport à la théologie de la libération
latino-américaine, il estime qu’elle est postérieure à celle qui est née en Afrique. Il s’est intéressé aussi aux
problèmes internes à l’Église, notamment la question des ministères et la reconnaissance par la curie romaine
des valeurs chrétiennes de l’Afrique. On lui a parfois reproché un certain unilatéralisme et une trop grande
méfiance envers les théologies plus spéculatives. Il reste que, comme Engelbert Mveng, il a payé très cher sa
parole libre et prophétique. Il n’a pas versé son sang, mais il a vécu la souffrance de l’exil pendant treize ans.
Maurice CHEZA
Prochaines activités…
Session théologique : 24-25 août – « Qu’est-ce qu’être chrétien ? Autour de textes de Joseph
Moingt »
Colloque le lundi 2 et le mardi 3 novembre 2009 : « La transgression chrétienne des identités »
« Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? ». La quête d’identité est liée à un besoin d’appartenance ; elle répond à
un voeu légitime d’enracinement. Les individus et les sociétés se posent aujourd’hui la question de l’identité avec
d’autant plus d’inquiétude que la réponse paraît mal assurée. Les parcours biographiques, les groupes d’opinion
et de conviction comme les ensembles sociaux, reflets du pluralisme et du métissage, révèlent des identités
complexes. Mais quelle identité fut jamais claire et distincte ? Définir une identité n’est-ce pas figer une réalité en
4 Sur Baba Simon, voir Grégoire CADOR, On l’appelait Baba Simon, Yaoundé, Presses de l’UCAC, Terre africaine, 2000. Mgr Stevens,
évêque du lieu, a demandé à l’auteur de rassembler la documentation nécessaire à l’ouverture du procès de béatification de Baba Simon.
5 Texte dans Jean PIROTTE (dir.), Résistances à l’évangélisation, Paris, Karthala, 2004, p. 147-167.
6 Dans l’ouvrage collectif Personnalité africaine et catholicisme, Cahier de présence africaine, p. 59-81.
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mouvement? Circonscrire un « je » ou un « nous » ne revient-il pas à exclure le différent et donc à rejeter l’autre?
On ne peut ignorer les risques encourus par le monde commun et la neutralité de la loi lorsque, sous l’effet de
logiques mondialisées, les communautarismes religieux, ethniques ou autres défendent leurs revendications
jusqu’à la radicalisation. Et pourtant la question ne cesse d’être relancée : « Qui suis-je? Qui sommes-nous? ».
Quel modèle proposer pour que la recherche lancinante d’identité n’enferme pas les individus dans des
particularismes ni n’élève les communautés les unes contre les autres?
L’apôtre Paul résume en sa personne un modèle que l’on pourrait qualifier de « transgression chrétienne des
identités ». Juif par son appartenance ethnique et religieuse, grec par sa culture, romain par son état civil, Paul
assume chacune de ses identités mais se rebelle farouchement contre l’enfermement identitaire. Car à la racine
de son être, plus profond encore que les identités qui le constituent, Paul vit en symbiose avec son Seigneur :
« Pour moi, vivre, c’est Christ » (Ph 1,21). Or cette vie nouvelle, ouverte sur la communion de tous, s’accommode
mal des catégories qui divisent et Paul n’hésite pas à les transgresser pour les ouvrir avec liberté à l’universel de
l’amour du Christ qui l’a saisi. « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Ga
3,28). La vocation chrétienne n’est donc pas une identité qui s’ajoute aux appartenances délimitant sa situation
dans le monde, ce serait prendre l’Évangile au piège d’une figure mondaine ; non, l’être chrétien représente aux
yeux de Paul la vérité dernière de son existence qui, au lieu de le soustraire à la condition commune, le conduit à
transformer son rapport au monde par une subordination des identités à l’impératif d’un amour sans frontières.
Après avoir inspiré de nombreux essais récents sur l’universel (Agamben, Badiou, Breton, Sichère, Žižek), un
tel itinéraire est une invitation à reprendre à neuf la question de l’identité, si aiguë aujourd’hui dans l’ordre
politique comme dans la sphère des convictions, en croisant les perspectives du chirurgien, du sociologue, du
politologue, du philosophe, de l’artiste, de l’exégète et du théologien.
Telle est la réflexion aux multiples partitions que nous entendons mener au cours du colloque « La
trangression chrétienne des identités » qui aura lieu à l’Université catholique de Louvain, les 2 et 3 novembre
2009. Le comité organisateur du colloque est composé de Joseph Famerée, Paul Scolas, Frédéric Blondeau,
Daniel Procureur et de moi-même.
Benoît BOURGINE
Pour toutes informations au sujet des activités :
Secrétariat de la Faculté de théologie 010/47 36 04 ou http://www.uclouvain.be/teco
Ouvrages récemment publiés ou édités par les enseignants de la Faculté
BORRAS A., Unidades pastorales, protagonismo eclesial y nueva gobernanza (coll. Xirimiri de Pastoral, 45), Bilbao,
Instituto Diocesano de Teología y Pastoral : Desclée de Brouwer, D.L., 2008. 35 p.
CHRISTIANS L.-L., (sous le dir. avec Fançois Coppens, Xavier Dijon, Paul Favraux, Gaëlle Fiasse, Jean-Michel
Longneaux et Muriel Ruol. Préface par Catherine Labrusse-Riou. Postface par Jean-Marc Ferry), Droit
naturel : relancer l’histoire, Bruxelles, Bruylant, 2008. 735 p.
DERROITTE H. (dir.), Foi chrétienne. Quelle transmission ? (coll. Trajectoires, 19), Bruxelles, Lumen Vitae, 2009, 112
p.
DERROITTE H. et PALMYRE D. (dir.), Les nouveaux catéchistes. Leur formation, leurs compétences, leur mission, (coll.
Pédagogie catéchétique, 21), Bruxelles, Lumen Vitae, 2008, 268 p.
DERROITTE H. et QUELOZ M., Langage symbolique et catéchèse communautaire, (coll. Pédagogie catéchétique, 22),
Bruxelles, Lumen Vitae, 2008, 256 p.
DERROITTE H. (dir.), LOBET B., CARRÈRE D’ENCAUSSE H., SAINT-MARTIN I., Chemins de foi, 7 volumes, Paris-Averbode-
Bruxelles, Cerf-Altiora-Lumen Vitae, 2008.
FAMERÉE J., G. ROUTHIER G., Yves Congar (Coll. Initiations aux théologiens), Paris, Éd. du Cerf, 2008, 320 p.
FAMERÉE J., BOEVE L., Geybels H. et JANS J. (éds.), Bulletin ET. Journal for Theology in Europe, Vol. 18, 2007, Issue
1-2 ( coll. ET Conference 2007. Religion and the European Project. Theological Perspectives), 247 p.
FAMERÉE J., DONNELLY D., LAMBERIGTS M. et SCHELKENS K. (éds.), The Belgian Contribution to the Second Vatican
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2005) (Coll. B.E.T.L., 216), Leuven, Peeters, 2008, XI-716 p.
FOCANT Camille (éd.), Jésus. Portraits évangéliques. Conférences de la Fondation Sedes Sapientiae et de la Faculté
de théologie de l’Université catholique de Louvain (coll. Trajectoires, 18). Bruxelles, Lumen Vitae, 2008.
148 p.
HAELEWYCK J.-C., Hester (coll. Vetus Latina. Die Reste der altlateinischen Bibel, 7/3), Freiburg/Br., Herder, 2008,
fascicules 4 et 5 (= pages 241-440).
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LICHTERT C. – NOCQUET D. (dir.), Le Roi Salomon. Un héritage en question. Hommage à Jacques Vermeylen (coll. Le
livre et le rouleau, 33), Bruxelles, Lessius, 2008. 500 p.
LOBET B., « Mon Dieu, je ne Vous aime pas ! » Foi et spiritualité chez Marie Noël, Paris, Nouvelle Cité, 2009.
191 p.
LOBET B., Un homme, la nuit. Propos de spiritualité chrétienne, Paris, Bayard, 2009. 137 p.
LUCIANI D., Dina (Gn 34): sexe, mensonges et idéaux (coll. Langues et cultures anciennes, 13), Bruxelles, Safran,
2009. 94 p.
RIAUDEL O. (trad.), PANNENBERG W., Théologie systématique (coll. Cogitatio Fidei, 268), Paris, Cerf, 2009. 587 p.
RIES J., Simbolo. Le costanti del sacro (coll. Opera Omnia, VI,1). Milan, Jaca Book, 2008. 297 p.
RIES J., La scienza delle religioni (coll. Opera omnia, 5), Milan, Jaca Book, 2008. 524 p.
VAN OYEN G. (réd.), Albert Schweitzer. Voor het leven, Budel, Damon, 2008, 160 p.
VIALLE Catherine, HUGON Francis, WIAME Bernadette, Une naissance peu banale : celle de Jésus. Les évangiles de
l’enfance (coll. Les outils du professeur de religion. A l’école de la Bible, 3). Bruxelles, Lumen Vitae, 2008.
120 p.
WÉNIN A., FOCANT C. et GERMAIN S., Mujeres de la Biblia (coll. La gran biblioteca, 2), Editorial Claret, Barcelone,
2008, 107 p. et La donna la vita. Ritratti femminili della Bibbia (coll. Itinerari. Collana di spiritualità),
Edizioni Dehoniane, Bologna, 2008, 160 p.
WÉNIN A., La Bible ou la violence surmontée, Paris, Desclée de Brouwer, 2008, 253 p.
WÉNIN A., Da Adamo ad Abramo o l’errare dell’uomo. Lettura narrativa e antropologica della Genesi I. Gen 1,1
12,4 (coll. Testi e commenti), Bologna, Edizioni Dehoniane, 2008, 208 p.
WIAME B.(dir.)., Enseignant et neutre? Les obligations en Communauté française de Belgique, Bruxelles, De
Boeck, 2008, 168 p.
WIAME B., KAEFER J.-Ph., PETIAU MC., Cana, une foi qui fait la noce. Jn 2,1-12. Bruxelles, Lumen Vitae, 2009, 76 p.
Ancien doyen de la Faculté de théologie, et à ce titre ancien vice-président de la Fondation Sedes Sapientae, le Professeur
Camille Focant a été récemment élu à l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Classe des
Lettres et des Sciences morales et politiques. Il y a été reçu officiellement le 16 mai 2009.
La Fondation Sedes sapientiae est heureuse de féliciter chaleureusement son fondateur pour cette promotion qui l’honore en
reconnaissant la qualité de son travail scientifique. Elle se réjouit de ce que, à travers lui, la Faculté de théologie voie ainsi
reconnue la valeur de sa contribution à la recherche et à la pensée.
Vous pouvez effectuer un don à la Fondation Sedes Sapientiae
par un versement au compte bancaire
271-0366366-29
avec la mention « Compte TECO 3351 ».
Les versements d’un montant de 30 € au moins feront l’objet d’une
attestation en vue d’obtenir l’exonération fiscale.
Déjà merci !

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